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Guerre commerciale Trump

Que faire de son patrimoine quand les marchés paniquent ?

· 16 min de lecture
Par Théo Soussan · Fondateur, Boétie Capital Invest

Les marchés ont vécu une semaine historique. Le CAC 40 a perdu plus de 6 % en une seule séance. Le Nasdaq a plongé de près de 6 %. L'indice VIX — celui que les professionnels appellent « l'indice de la peur » — a atteint 52, son troisième plus haut niveau depuis les années 90, après la crise de 2008 et le Covid. En quelques jours, plus de 1 500 milliards d'euros de capitalisation boursière ont disparu des places européennes.

En résumé

  • Droits de douane Trump : UE à 20 %, Chine à 50 %+
  • CAC 40 : -6 % en une séance, VIX à 52 (3e plus haut historique)
  • Les marchés paniquent face à l'incertitude, pas face aux mauvaises nouvelles
  • Portefeuilles en ETF actions : -8 à -15 % en quelques jours
  • Produits structurés à capital protégé : aucun impact sur les conditions contractuelles
  • Volatilité élevée = meilleures conditions d'entrée pour les nouveaux investissements

La cause immédiate : l'annonce par l'administration Trump de droits de douane généralisés sur les importations américaines, avec des surtaxes ciblées frappant l'Union européenne à 20 % et la Chine à plus de 50 %.

Dans ce contexte, une question revient systématiquement de la part de nos clients : que fait-on ?

La réponse honnête est en deux temps. D'abord, comprendre ce qui se passe vraiment. Ensuite, évaluer si votre patrimoine est structuré pour traverser ce type d'épisode — ou pas.

Ce qui se passe vraiment

Les marchés ne paniquent pas parce que les droits de douane vont nécessairement provoquer une récession mondiale. Ils paniquent parce qu'ils ne savent pas. L'incertitude elle-même est le problème.

Un droit de douane à 20 % sur les exportations européennes vers les États-Unis, s'il est permanent et généralisé, a des conséquences réelles et mesurables sur les bénéfices des entreprises industrielles, du luxe, de l'automobile, de l'aéronautique. Mais un droit de douane annoncé un mercredi, suspendu pour 90 jours le jeudi suivant, reconduit partiellement le vendredi — ce n'est plus de la politique commerciale. C'est de la volatilité pure, générée par l'imprévisibilité d'une administration qui utilise les tarifs douaniers comme outil de négociation diplomatique autant qu'économique.

Les marchés détestent l'incertitude plus qu'ils ne détestent les mauvaises nouvelles. Une mauvaise nouvelle certaine se price rapidement et se digère. Une incertitude permanente génère une volatilité structurelle qui peut durer des semaines ou des mois.

Impact par classe d'actifs : tableau comparatif

Pour mesurer concrètement les conséquences de cette semaine de turbulences, voici un panorama de l'impact observé sur les principales classes d'actifs détenues par nos clients :

Classe d'actifsImpact semaine du 7 avrilProtection contractuelleAction requise
ETF actions européennes-8 à -12 %AucuneNe pas vendre en panique
ETF actions US-10 à -15 %AucuneNe pas vendre en panique
Fonds euros0 %Garantie en capitalAucune
Obligations (OAT 10 ans)-1 à -2 %Remboursement à maturitéConserver jusqu'à échéance
Produits structurés BCI0 % (conditions inchangées)Barrière -40/-50 %Aucune — protégé

Ce tableau illustre une réalité que nous expliquons régulièrement à nos clients : la différence entre un portefeuille qui subit la volatilité et un portefeuille qui l'a anticipée ne se voit pas quand les marchés montent. Elle se voit précisément dans des semaines comme celle-ci.

Ce que cela révèle sur les portefeuilles non structurés

Un portefeuille composé d'ETF actions sans protection, d'un compte-titres en gestion libre, ou d'unités de compte en fonds actions dans une assurance-vie classique : ce portefeuille a perdu entre 8 % et 15 % en quelques séances selon sa composition. Pour un patrimoine de 500 000 €, c'est entre 40 000 € et 75 000 € de valeur évaporée en moins d'une semaine.

Le problème n'est pas la baisse en elle-même. Sur le long terme, les marchés se reprennent — c'est documenté, c'est historique, c'est certain. Le problème est ce que la baisse révèle : un portefeuille non structuré expose son propriétaire à une volatilité émotionnelle qui pousse aux mauvaises décisions. Vendre en panique dans un creux, c'est transformer une baisse temporaire en perte définitive. C'est l'erreur la plus coûteuse et la plus fréquente en gestion patrimoniale.

Tarifs douaniers Trump : contexte géopolitique et perspectives

Pour comprendre la portée réelle de ces annonces, il faut dépasser la lecture purement économique. Les tarifs douaniers de l'administration Trump ne sont pas uniquement un instrument de politique commerciale. Ils sont, avant tout, un levier de négociation diplomatique — un outil de pression conçu pour forcer des concessions de la part des partenaires commerciaux des États-Unis.

Le schéma observé depuis le début du second mandat Trump est systématique : annonce de droits de douane massifs, réaction violente des marchés, puis pause ou suspension partielle présentée comme un geste de bonne volonté, suivie de négociations bilatérales aboutissant à un accord partiel. Ce n'est pas de la politique commerciale classique. C'est de la stratégie de la tension appliquée au commerce international.

Ce schéma n'est pas nouveau. En 2018-2019, la première guerre commerciale avec la Chine avait suivi exactement le même pattern : droits de douane annoncés sur 250 milliards de dollars de produits chinois, marchés en chute libre pendant plusieurs semaines, puis accord « Phase 1 » conclu en janvier 2020 avec un retrait partiel des tarifs. Entre l'annonce initiale et l'accord, le S&P 500 avait perdu 20 % avant de rebondir au-delà de son plus haut précédent en moins de six mois.

Ce que cela signifie pour les investisseurs est fondamental : la volatilité à court terme générée par ces annonces n'est pas représentative de l'impact économique réel à long terme. Les droits de douane effectivement appliqués sont généralement bien inférieurs à ceux initialement annoncés, et les entreprises s'adaptent en réorganisant leurs chaînes d'approvisionnement.

Du côté européen, la Commission européenne dispose de plusieurs leviers de réponse : contre-tarifs ciblés sur des produits américains emblématiques (bourbon, Harley-Davidson, produits agricoles du Midwest), accélération des accords commerciaux avec d'autres zones (Mercosur, Australie, Inde), et renforcement de l'autonomie stratégique européenne dans les secteurs critiques. Ces réponses graduées sont conçues pour maintenir la pression sans déclencher une escalade incontrôlable.

Le message pour nos clients est clair : il faut distinguer le bruit médiatique — qui est considérable — de l'impact structurel sur l'économie réelle. Les marchés sur-réagissent systématiquement aux annonces initiales, puis corrigent cette sur-réaction dans les semaines et mois qui suivent.

Ce que change une structuration en produits structurés

Prenons un client investi sur un produit structuré à capital protégé, avec une barrière à 50 % sur l'Euro Stoxx 50, générant un coupon annuel de 8 %.

Depuis le début de la semaine, l'Euro Stoxx 50 a baissé de 8 à 10 %. Ce client n'a rien perdu. Son coupon continue de courir. Son capital n'est menacé que si l'indice perd plus de 50 % depuis son niveau de départ et maintient cette baisse jusqu'à la maturité du produit — soit un effondrement durable et massif des marchés européens, de l'ampleur de la crise de 2008 combinée à la crise Covid, sans aucun rebond.

Ce n'est pas de la magie. C'est de la mécanique contractuelle. Les conditions du produit ont été définies à l'émission, noir sur blanc. La barrière de protection, le coupon, le sous-jacent, la date de maturité : tout est connu à l'avance. La volatilité des marchés cette semaine ne change pas une virgule à ces conditions.

Le client investi en produits structurés ne regarde pas les cours avec angoisse ce matin. Il sait ce que son contrat prévoit dans chaque scénario. C'est cette sérénité-là que la structuration produit — pas uniquement la performance.

Anatomie d'un krach : pourquoi les baisses brutales ne sont pas des krachs durables

La tentation, dans ces moments de tension, est de projeter le pire scénario et de croire que cette fois, c'est différent. L'histoire financière montre pourtant une constante remarquable : chaque correction majeure a été suivie d'une reprise, sans exception.

Voici les principales baisses des marchés actions mondiaux sur les deux dernières décennies, avec leurs temps de récupération :

Chacun de ces épisodes a été accompagné du même narratif médiatique : « cette fois, c'est différent », « nous entrons dans une nouvelle ère », « les marchés ne se relèveront pas ». Ce narratif a été invalidé à chaque reprise. Il le sera probablement à nouveau.

Un point statistique mérite d'être souligné : une baisse de 10 % ou plus sur les marchés actions se produit en moyenne une fois par an. C'est un événement normal dans la vie d'un portefeuille, pas un événement exceptionnel. Les investisseurs qui construisent leur stratégie en intégrant cette réalité — plutôt qu'en espérant qu'elle ne se produise jamais — traversent ces épisodes avec une sérénité incomparablement plus grande.

Le véritable risque n'est pas la baisse. C'est la réaction à la baisse. L'investisseur qui vend au creux transforme une correction temporaire en perte permanente. Celui qui reste investi — ou mieux, qui investit dans la baisse — bénéficie mécaniquement du rebond qui suit.

Ce que font les investisseurs institutionnels vs les particuliers

L'un des paradoxes les plus documentés de la finance comportementale est le suivant : dans les épisodes de forte baisse, les investisseurs institutionnels (fonds de pension, endowments universitaires, fonds souverains) achètent, tandis que les investisseurs particuliers vendent.

Les fonds de pension, qui gèrent l'épargne retraite de millions de personnes, disposent de politiques d'investissement strictes qui leur imposent de rééquilibrer leurs portefeuilles après une baisse significative. Concrètement, si la poche actions passe de 60 % à 52 % du portefeuille à cause d'une correction, ils rachètent des actions pour revenir à 60 %. Ils achètent donc mécaniquement quand les prix sont bas.

Les endowments des grandes universités américaines — Harvard, Yale, Stanford — suivent la même logique depuis des décennies. Le modèle de Yale, développé par David Swensen, repose précisément sur cette discipline : maintenir une allocation cible quelles que soient les conditions de marché, ce qui revient à acheter dans les creux et à alléger dans les pics.

Les investisseurs particuliers, eux, font exactement l'inverse. Les données de flux montrent qu'ils vendent massivement dans les semaines qui suivent une baisse importante, et qu'ils reviennent acheter quand les marchés ont déjà récupéré l'essentiel de la baisse. Ce comportement, documenté par les travaux de Dalbar Inc., coûte en moyenne 3 à 4 points de rendement annuel aux investisseurs particuliers par rapport au marché lui-même.

Notre approche chez Boétie Capital Invest résout ce problème structurellement, pas psychologiquement. Les produits structurés à capital protégé suppriment le besoin de prendre une décision dans l'urgence. Les conditions sont définies contractuellement à l'émission : le client n'a pas à décider s'il vend ou s'il reste. Le produit suit son mécanisme, indépendamment de l'actualité. C'est cette architecture qui protège le capital autant que la barrière elle-même.

Warren Buffett résume cette asymétrie en une phrase devenue célèbre : soyez craintif quand les autres sont avides, soyez avide quand les autres sont craintifs. La structuration patrimoniale transforme ce principe théorique en mécanisme concret.

Ce que l'histoire nous enseigne sur ces épisodes

Les épisodes de forte volatilité sont, historiquement, des points d'entrée favorables sur les marchés actions pour les investisseurs à long terme. C'est contre-intuitif mais documenté : acheter quand tout le monde vend, c'est acheter au bon prix.

Pour les produits structurés, c'est encore plus mécanique. Un produit structuré émis dans un marché baissier part d'un niveau de départ plus bas, ce qui signifie que la barrière de protection absorbe davantage de risque futur, et que les banques émettrices proposent des coupons plus élevés pour attirer les souscripteurs. Un produit émis dans la volatilité actuelle offre de meilleures conditions qu'un produit émis au plus haut des marchés.

Les périodes de panique sont rarement le bon moment pour vendre. Elles sont souvent le bon moment pour construire.

Ce que nous faisons en pratique

Face à cet épisode, notre approche est la même qu'elle a toujours été dans les phases de volatilité : ne rien changer à la stratégie long terme des clients dont les portefeuilles sont correctement structurés, et identifier les opportunités d'entrée pour les clients en attente de déploiement.

Les clients investis dans nos FIC — Sérénité, Horizon, Croissance — ont une allocation diversifiée construite précisément pour ces environnements. Les clients en gestion libre avec une poche significative de produits structurés à capital protégé traversent cette semaine sans voir leur capital menacé.

Pour les clients qui ont des liquidités en attente, nous regardons avec attention les conditions d'émission des nouveaux produits structurés dans ce contexte de volatilité élevée. Les coupons proposés actuellement sont significativement plus attractifs que ceux des six derniers mois. C'est une fenêtre à saisir avec discernement.

Checklist : votre patrimoine est-il structuré pour traverser une crise ?

Au-delà de l'analyse de marché, cette période de tension est l'occasion de vérifier que les fondations de votre patrimoine sont solides. Voici les critères que nous vérifions systématiquement pour chacun de nos clients :

Si vous ne cochez pas l'ensemble de ces points, cette période de volatilité est précisément le moment d'y remédier — pas dans la précipitation, mais avec méthode.

La question à se poser ce soir

Pas « est-ce que les marchés vont remonter ? » La réponse à cette question, personne ne la connaît avec certitude à court terme.

La question utile est : « est-ce que mon patrimoine est structuré de façon à ce que je n'aie pas besoin de répondre à cette question ? » Si la réponse est non, c'est le bon moment pour y remédier.

Questions fréquentes sur la guerre commerciale et votre patrimoine

Les droits de douane Trump peuvent-ils déclencher une récession mondiale ?

Une récession mondiale liée exclusivement aux droits de douane est peu probable. Les tarifs actuellement annoncés représentent un frein à la croissance, pas un arrêt. L'impact sur le PIB mondial est estimé entre -0,3 % et -0,8 % selon les scénarios. En comparaison, la crise de 2008 avait provoqué une contraction de -2,1 %. Le risque principal réside dans une escalade prolongée qui éroderait la confiance des entreprises et des consommateurs. Les négociations en cours et les précédents historiques (2018-2019) suggèrent qu'un compromis partiel est le scénario le plus probable.

Dois-je vendre mes actions maintenant pour limiter les pertes ?

Non. Vendre après une baisse significative est statistiquement la pire décision patrimoniale possible. Les données historiques montrent que les investisseurs qui vendent dans les creux et rachètent après le rebond perdent en moyenne 3 à 5 points de rendement par an par rapport au marché. Si votre allocation est correctement structurée et que votre horizon de placement est supérieur à cinq ans, la bonne décision est de ne rien faire — ou d'investir davantage si vous disposez de liquidités.

Les produits structurés sont-ils vraiment protégés pendant un krach ?

Oui, dans les limites définies contractuellement à l'émission. Un produit structuré avec une barrière à -50 % protège intégralement le capital tant que l'indice sous-jacent ne franchit pas cette barrière à la date d'observation finale. Une baisse de 15 %, 25 % ou même 40 % ne déclenche aucune perte en capital. Seul un effondrement dépassant la barrière, maintenu jusqu'à maturité, entraînerait une perte — un scénario qui ne s'est produit que lors de la crise de 2008, et uniquement sur les produits dont la barrière était insuffisante.

Comment profiter de la baisse des marchés pour investir ?

Les périodes de volatilité élevée sont objectivement favorables pour la souscription de nouveaux produits structurés. Lorsque le VIX est élevé, les banques émettrices proposent des coupons plus généreux et des barrières plus protectrices. Un produit émis avec un CAC 40 à 7 200 (après correction) offre mécaniquement une marge de protection supérieure à un produit émis à 8 200 (au plus haut). Nous analysons actuellement les meilleures opportunités d'émission pour nos clients en attente de déploiement.

Quel est l'impact des droits de douane sur mon patrimoine immobilier ?

L'impact direct est limité. L'immobilier résidentiel français n'est pas directement corrélé aux tarifs douaniers américains. En revanche, un ralentissement économique prolongé pourrait peser sur les prix de l'immobilier commercial et sur les loyers professionnels. Pour l'immobilier résidentiel parisien, la demande structurelle reste soutenue et les fondamentaux sont intacts. Les SCPI diversifiées pourraient connaître une légère pression sur les rendements si l'économie européenne ralentit significativement, mais les revenus locatifs restent largement protégés par les baux en cours.

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