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GUIDE COMPLET

Donations et abattements : transmettre de son vivant

Abattements, barème des droits, donation-partage et stratégie de transmission optimale

Guide complet
· 25 min de lecture · Par Théo Soussan

En matière de transmission patrimoniale, une règle d'or s'impose : plus vous anticipez, moins vous payez. Le droit français offre des mécanismes d'abattements et d'exonérations qui, utilisés méthodiquement sur la durée, permettent de transmettre des sommes très significatives en franchise totale de droits. Pourtant, une majorité de familles ne profite pas pleinement de ces dispositifs, soit par méconnaissance, soit par réticence à aborder le sujet. Ce guide a pour ambition de vous donner toutes les clés de compréhension — montants, mécanismes, stratégies concrètes et simulations chiffrées — pour organiser une transmission efficace de votre vivant.

Pourquoi donner de son vivant plutôt qu'attendre la succession

La question peut sembler évidente pour les initiés, mais elle mérite d'être posée clairement : pourquoi faut-il transmettre de son vivant plutôt que de laisser la succession se dérouler naturellement après le décès ?

Première raison : les abattements se renouvellent tous les 15 ans. L'administration fiscale accorde des abattements (c'est-à-dire des montants exonérés de droits) sur les donations entre vifs. Ces abattements se reconstituent intégralement tous les quinze ans. Concrètement, un parent qui donne 100 000 euros à son enfant en 2026 retrouve un abattement de 100 000 euros en 2041, puis à nouveau en 2056. Sur trente ans, ce sont donc 300 000 euros qui transitent sans aucun droit de donation, pour un seul parent et un seul enfant. Multipliez par deux parents et deux enfants, et le montant atteint 1 200 000 euros en franchise totale de droits sur trois cycles de quinze ans.

Deuxième raison : aider les enfants au bon moment. Vos enfants ont besoin de capital lorsqu'ils achètent un logement, créent une entreprise ou traversent une période de transition professionnelle — généralement entre 25 et 45 ans. Si vous attendez la succession, ils hériteront peut-être à 60 ou 70 ans, à un âge où leur besoin de capital est bien moindre. La donation de votre vivant place les fonds au moment où ils sont les plus utiles.

Troisième raison : réduire l'assiette taxable au décès. Tout ce que vous avez donné de votre vivant sort de votre patrimoine successoral. Si les abattements ont été consommés il y a plus de quinze ans, les donations antérieures ne sont même plus rapportées fiscalement (rapport fiscal). Le patrimoine restant au décès est donc inférieur, et les droits de succession calculés sur une base réduite.

Quatrième raison : organiser la transmission et éviter les conflits. Une donation bien structurée — en particulier une donation-partage — permet de répartir le patrimoine entre les enfants de manière équitable, concertée et anticipée. Elle fige la valeur des biens au jour de la donation, évitant les disputes liées à la réévaluation des actifs au moment de la succession. C'est un outil de paix familiale autant qu'un outil fiscal.

Point clé

La donation de son vivant n'est pas un abandon : grâce au démembrement (réserve d'usufruit), vous pouvez transmettre la nue-propriété de vos biens tout en conservant l'usage et les revenus jusqu'à votre décès. Vous gardez le contrôle tout en préparant l'avenir.

Les abattements sur les donations : montants, bénéficiaires et renouvellement

Le système français prévoit des abattements différents selon le lien de parenté entre le donateur et le donataire. Voici le tableau complet des abattements en vigueur, tous renouvelables par période de quinze ans.

Lien de parenté Abattement Renouvellement
Parent → Enfant 100 000 € Tous les 15 ans
Grand-parent → Petit-enfant 31 865 € Tous les 15 ans
Arrière-grand-parent → Arrière-petit-enfant 5 310 € Tous les 15 ans
Entre époux ou partenaires de PACS 80 724 € Tous les 15 ans
Frère → Sœur 15 932 € Tous les 15 ans
Neveu/Nièce 7 967 € Tous les 15 ans

Ces abattements sont personnels : ils s'appliquent par donateur et par donataire. Autrement dit, chaque parent dispose de son propre abattement envers chaque enfant. Un couple marié avec deux enfants dispose donc de quatre abattements de 100 000 euros, soit 400 000 euros transmissibles en franchise de droits tous les quinze ans.

Le don familial de somme d'argent (dit don Sarkozy)

En complément des abattements de droit commun, la loi prévoit un abattement spécifique de 31 865 euros par bénéficiaire pour les dons de sommes d'argent consentis au profit d'un enfant, petit-enfant ou arrière-petit-enfant majeur (ou, à défaut de descendance, d'un neveu ou d'une nièce). Ce dispositif, codifié à l'article 790 G du CGI, est soumis à deux conditions : le donateur doit avoir moins de 80 ans et le donataire doit être majeur au jour de la donation.

Cet abattement se cumule intégralement avec l'abattement classique de 100 000 euros. Ainsi, un parent peut transmettre à un enfant majeur 100 000 euros au titre de l'abattement de droit commun, plus 31 865 euros au titre du don familial de somme d'argent, soit 131 865 euros en franchise totale de droits. Ce cumul est possible pour chaque parent : un couple avec deux enfants peut donc transmettre 527 460 euros sans aucun droit à payer, tous les quinze ans.

Exemple concret

Pierre et Sophie, mariés, ont deux enfants majeurs. En 2026, chacun d'eux donne à chaque enfant 100 000 euros (abattement classique) + 31 865 euros (don familial de somme d'argent) = 131 865 euros par parent et par enfant. Total transmis : 527 460 euros en franchise de droits. Coût fiscal : zéro euro.

Les abattements des grands-parents

Les grands-parents disposent d'un abattement de 31 865 euros par petit-enfant, également renouvelable tous les quinze ans. Ce montant peut paraître modeste, mais il ne faut pas le négliger. Pour un couple de grands-parents avec quatre petits-enfants, cela représente 254 920 euros transmissibles en franchise de droits (31 865 × 2 × 4). Sur deux cycles, le montant atteint plus de 500 000 euros. Cette voie de transmission est particulièrement judicieuse dans le cadre d'une stratégie de saut de génération, qui évite une double taxation (parents puis enfants).

Le barème des droits de donation en ligne directe

Lorsque le montant de la donation dépasse l'abattement applicable, la part taxable est soumise à un barème progressif. En ligne directe (parent vers enfant), les taux s'échelonnent de 5 % à 45 %. Voici le barème en vigueur.

Part taxable (après abattement) Taux
Jusqu'à 8 072 € 5 %
De 8 072 € à 12 109 € 10 %
De 12 109 € à 15 932 € 15 %
De 15 932 € à 552 324 € 20 %
De 552 324 € à 902 838 € 30 %
De 902 838 € à 1 805 677 € 40 %
Au-delà de 1 805 677 € 45 %

Le barème est appliqué par donateur et par donataire. Cela signifie que chaque relation donateur-donataire dispose de sa propre tranche d'imposition. Si un père donne à son fils et une mère donne à ce même fils, chaque donation est taxée indépendamment, avec un barème distinct. Ce mécanisme de double barème est fondamental pour l'optimisation : en répartissant la donation entre les deux parents, on évite de grimper dans les tranches supérieures.

Illustration. Si un seul parent donne 300 000 euros à un enfant (après abattement de 100 000 euros, la part taxable est de 200 000 euros), les droits s'élèvent à environ 38 194 euros. Si chaque parent donne 150 000 euros (part taxable de 50 000 euros chacun), les droits totaux s'élèvent à environ 17 614 euros (2 × 8 807 euros). L'économie est de plus de 20 000 euros, simplement en répartissant la donation entre les deux parents.

Le rapport fiscal : une règle essentielle à connaître

Lorsqu'une personne effectue plusieurs donations successives au profit d'un même bénéficiaire, l'administration fiscale applique le mécanisme du rapport fiscal. Les donations réalisées au cours des quinze dernières années sont rappelées au moment d'une nouvelle donation ou du décès. Le rapport fiscal consiste à cumuler les montants des donations antérieures (dans la période de 15 ans) avec la nouvelle transmission pour déterminer la tranche marginale d'imposition applicable.

En revanche, les donations effectuées depuis plus de quinze ans ne sont plus rappelées fiscalement. L'ardoise est effacée : les abattements sont reconstitués et le barème repart de zéro. C'est pourquoi le calendrier des donations est un levier d'optimisation aussi puissant que le montant lui-même.

Rapport civil vs rapport fiscal

Il ne faut pas confondre rapport fiscal et rapport civil. Le rapport fiscal détermine la fiscalité applicable (abattements, tranches) et se limite aux quinze dernières années. Le rapport civil, quant à lui, sert à vérifier que chaque héritier a reçu sa part légitime (la réserve héréditaire). Le rapport civil n'est pas limité dans le temps : toutes les donations, même très anciennes, sont prises en compte pour calculer la masse successorale et vérifier le respect de la réserve. La distinction est fondamentale : une donation effectuée il y a vingt ans est hors du champ fiscal mais reste dans le champ civil.

Donation simple vs donation-partage : comprendre la différence

Voici l'une des distinctions les plus importantes — et les plus méconnues — du droit des successions. Le choix entre donation simple et donation-partage a des conséquences majeures sur l'équilibre familial et la valorisation des biens transmis.

La donation simple

La donation simple est l'opération la plus intuitive : un donateur transmet un bien (ou une somme d'argent) à un bénéficiaire. Juridiquement, elle est soumise au rapport civil, ce qui signifie que sa valeur sera réévaluée au jour du décès du donateur (ou au jour du partage de la succession). Si le bien donné a pris de la valeur entre la date de la donation et le décès, c'est la valeur au décès qui sera retenue pour vérifier le respect de la réserve héréditaire.

Le problème concret. Supposons que vous donnez à votre fils un appartement valu 200 000 euros en 2026. Au moment de votre décès, vingt ans plus tard, cet appartement vaut 400 000 euros. Si vous avez également un second enfant, celui-ci pourra considérer que le premier a reçu 400 000 euros (et non 200 000 euros) pour le calcul de l'égalité entre héritiers. Cela peut générer des tensions, voire un contentieux.

La donation-partage

La donation-partage, prévue aux articles 1075 et suivants du Code civil, est un acte notarié par lequel le donateur répartit de son vivant tout ou partie de ses biens entre ses héritiers présomptifs. Son avantage décisif : la valeur des biens est figée au jour de la donation. Elle ne sera jamais réévaluée au moment de la succession.

Reprenons l'exemple précédent. L'appartement donné en donation-partage à 200 000 euros en 2026 restera valorisé à 200 000 euros dans le calcul de la succession, même s'il vaut 400 000 euros au décès du donateur. Le second enfant ne pourra pas contester cette valeur. La paix familiale est préservée et l'enfant bénéficiaire conserve intégralement la plus-value réalisée entre la donation et le décès.

Critère Donation simple Donation-partage
Valeur retenue au décès Valeur au jour du décès (réévaluée) Valeur au jour de la donation (figée)
Risque de conflit familial Élevé si le bien prend de la valeur Très faible
Bénéficiaires Toute personne Héritiers présomptifs (enfants, petits-enfants)
Nombre de bénéficiaires minimum Un seul Au moins deux
Forme Acte notarié ou don manuel Acte notarié obligatoire
Recommandation Don ponctuel, bénéficiaire unique Transmission structurée à plusieurs enfants
Notre recommandation

Dès que la transmission concerne plusieurs enfants et porte sur des biens susceptibles de prendre de la valeur (immobilier, parts de société), la donation-partage est presque toujours préférable à la donation simple. Le coût notarial supplémentaire est marginal par rapport à la sécurité juridique qu'elle apporte. C'est un investissement dans la paix familiale.

La donation avec réserve d'usufruit (démembrement)

La donation avec réserve d'usufruit est le mécanisme le plus puissant de la transmission patrimoniale française. Son principe : vous transmettez la nue-propriété d'un bien à vos enfants tout en conservant l'usufruit, c'est-à-dire le droit d'utiliser le bien et d'en percevoir les revenus (loyers, dividendes, coupons). Au décès de l'usufruitier, la pleine propriété se reconstitue automatiquement au profit du nu-propriétaire, sans aucun droit supplémentaire à payer.

Le barème de l'usufruit (article 669 du CGI)

Les droits de donation sont calculés uniquement sur la valeur de la nue-propriété, qui dépend de l'âge du donateur au moment de la donation. Plus le donateur est jeune, plus la valeur de l'usufruit est élevée et donc plus la valeur de la nue-propriété est faible.

Âge de l'usufruitier (donateur) Valeur de l'usufruit Valeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans 90 % 10 %
De 21 à 30 ans 80 % 20 %
De 31 à 40 ans 70 % 30 %
De 41 à 50 ans 60 % 40 %
De 51 à 60 ans 50 % 50 %
De 61 à 70 ans 40 % 60 %
De 71 à 80 ans 30 % 70 %
De 81 à 90 ans 20 % 80 %
91 ans et plus 10 % 90 %

Illustration concrète. Un parent de 55 ans souhaite transmettre un appartement valu 500 000 euros à son enfant. En donation en pleine propriété, l'assiette des droits serait de 500 000 euros (après abattement de 100 000 euros, la part taxable serait de 400 000 euros). En donation avec réserve d'usufruit, l'assiette est réduite à la nue-propriété : 50 % de 500 000 euros = 250 000 euros. Après abattement de 100 000 euros, la part taxable n'est plus que de 150 000 euros. L'économie de droits est considérable : environ 48 194 euros au lieu de 78 194 euros, soit une économie de 30 000 euros. Et au décès du parent, l'enfant récupère la pleine propriété sans rien payer de plus.

Le démembrement est particulièrement pertinent pour les biens qui génèrent des revenus (immobilier locatif, portefeuille de titres, parts de SCI) ou qui sont destinés à prendre de la valeur. Le donateur continue de percevoir les revenus pendant toute la durée de l'usufruit, tout en ayant définitivement sorti la nue-propriété de son patrimoine taxable. Pour approfondir les mécanismes du démembrement, consultez notre guide dédié au démembrement de propriété.

Double effet du démembrement

Le démembrement produit un double avantage : réduction immédiate de l'assiette taxable (on ne taxe que la nue-propriété) et reconstitution gratuite de la pleine propriété au décès de l'usufruitier. Plus la donation est faite tôt (donateur jeune), plus la décote est importante. C'est l'argument ultime pour anticiper.

Donations spécifiques : graduelle, résiduelle et pacte adjoint

Au-delà de la donation simple et de la donation-partage, le droit français offre des mécanismes avancés qui permettent de garder un contrôle sur le devenir des biens transmis. Ces outils sont particulièrement utiles dans les familles recomposées ou lorsque le donateur souhaite préserver une certaine cohérence patrimoniale sur plusieurs générations.

La donation graduelle

La donation graduelle impose au premier bénéficiaire (le grevé) de conserver les biens reçus pendant toute sa vie, puis de les transmettre à son décès à un second bénéficiaire désigné par le donateur (l'appelé). Le grevé ne peut ni vendre, ni donner, ni hypothéquer les biens. C'est un mécanisme de conservation patrimoniale strict.

Cas d'usage typique. Un parent souhaite que son fils profite d'un bien immobilier de son vivant, mais que ce bien revienne ensuite aux petits-enfants plutôt qu'au conjoint du fils ou à un tiers. La donation graduelle garantit ce parcours.

La donation résiduelle

La donation résiduelle est plus souple que la donation graduelle. Le premier bénéficiaire a le droit d'utiliser, de consommer ou même de vendre les biens reçus. En revanche, ce qui reste au moment de son décès (le résidu) doit être transmis au second bénéficiaire désigné. Le premier bénéficiaire dispose donc d'une liberté de gestion, mais le donateur s'assure qu'un reliquat sera orienté vers la personne de son choix.

Cas d'usage typique. Dans une famille recomposée, un parent donne un portefeuille financier à son conjoint en donation résiduelle, avec ses enfants d'un premier mariage comme bénéficiaires en second. Le conjoint peut piocher dans le portefeuille pour ses besoins, mais ce qui reste au décès du conjoint revient aux enfants du premier lit.

Le pacte adjoint

Le pacte adjoint est un document qui accompagne un don manuel (virement, chèque, remise d'espèces). Il permet au donateur d'assortir le don de conditions et de charges, ce qui n'est normalement pas possible pour un don manuel classique. Le pacte adjoint est un acte sous seing privé (il n'a pas besoin d'être notarié) qui précise notamment :

Le pacte adjoint est particulièrement utile lorsqu'on donne une somme d'argent à un enfant jeune (18-25 ans) et que l'on souhaite encadrer l'utilisation des fonds sans passer par un acte notarié. Il offre une flexibilité contractuelle à moindre coût, tout en protégeant le donateur.

Donation de parts de SCI ou de holding : la décote comme levier

La donation de parts de société — SCI (Société Civile Immobilière) ou holding familiale — est l'un des mécanismes les plus efficaces pour transmettre un patrimoine important tout en réduisant significativement l'assiette taxable. L'idée est simple : au lieu de donner l'immeuble ou le portefeuille directement, vous donnez les parts de la société qui détient ces actifs. Et ces parts bénéficient d'une décote.

Pourquoi une décote ?

Les parts d'une société civile ne sont pas des actifs liquides : elles ne sont pas cotées en bourse, leur cession est soumise à l'agrément des associés et leur valorisation est complexe. Cette absence de liquidité et ce caractère minoritaire (si les parts données ne confèrent pas la majorité) justifient une décote sur la valeur vénale de l'actif sous-jacent. La jurisprudence et la doctrine fiscale admettent des décotes comprises entre 10 % et 30 %, en fonction du degré de contrainte pesant sur les parts.

Illustration concrète

Prenons un couple (55 ans chacun) qui détient un immeuble locatif valu 1 000 000 euros via une SCI familiale. Ils souhaitent transmettre la nue-propriété des parts à leurs deux enfants.

Étape 1 : décote sur les parts. La valeur des parts est réduite d'une décote de 20 % pour illiquidité et caractère minoritaire. La valeur retenue pour les parts est de 800 000 euros au lieu de 1 000 000 euros.

Étape 2 : démembrement. À 55 ans, la nue-propriété représente 50 % de la valeur. L'assiette de la donation est donc de 400 000 euros (50 % de 800 000 euros).

Étape 3 : abattements. Chaque parent bénéficie d'un abattement de 100 000 euros par enfant, soit 4 × 100 000 = 400 000 euros d'abattements au total.

Résultat. L'assiette taxable après abattements est de zéro euro. Un immeuble d'un million d'euros a été transmis sans aucun droit de donation, grâce à la combinaison décote + démembrement + abattements. Au décès des parents, l'usufruit s'éteint et les enfants récupèrent la pleine propriété de l'immeuble (via la SCI) sans frais supplémentaires.

Triple levier de la SCI

La donation de parts de SCI combine trois leviers : la décote de parts (10-30 %), le démembrement (réduction selon l'âge du donateur) et les abattements légaux (100 000 euros par parent et par enfant). Ces trois mécanismes se cumulent, permettant de transmettre des patrimoines immobiliers très significatifs avec des droits minimes, voire nuls. Pour approfondir la structuration via SCI, consultez notre guide dédié à la SCI patrimoniale.

La holding familiale offre une logique similaire pour les actifs financiers ou les participations dans des entreprises. La décote s'applique de la même manière aux parts de holding, et le démembrement permet de transmettre la nue-propriété tout en conservant les dividendes. Pour les dirigeants d'entreprise, la combinaison holding + donation en démembrement est un levier central de la transmission d'entreprise.

Stratégie de donation optimale sur 30 ans : simulation complète

Pour illustrer la puissance d'une stratégie de donation anticipée et structurée, prenons un cas concret et déroulons l'intégralité du plan sur trente ans.

Le profil : Pierre et Sophie, 50 ans, deux enfants majeurs

Pierre et Sophie sont mariés sous le régime de la communauté légale. Ils détiennent un patrimoine de 2 000 000 euros composé d'un appartement locatif valu 800 000 euros (détenu via une SCI), d'un portefeuille financier de 800 000 euros (assurance-vie et compte-titres) et de liquidités de 400 000 euros. Ils ont deux enfants majeurs, Lucas et Emma, âgés de 25 et 28 ans. L'objectif est de transmettre 800 000 euros en franchise totale de droits sur 30 ans.

Cycle 1 (2026) : première vague de donations

Donations de sommes d'argent. Chaque parent donne à chaque enfant 100 000 euros (abattement classique) + 31 865 euros (don familial de somme d'argent) = 131 865 euros par parent et par enfant.

Donateur Donataire Abattement classique Don familial Total
Pierre Lucas 100 000 € 31 865 € 131 865 €
Pierre Emma 100 000 € 31 865 € 131 865 €
Sophie Lucas 100 000 € 31 865 € 131 865 €
Sophie Emma 100 000 € 31 865 € 131 865 €
Total cycle 1 527 460 €

Droits de donation payés : 0 euro.

Cycle 2 (2041) : renouvellement des abattements

Quinze ans plus tard, les abattements sont intégralement reconstitués. Pierre et Sophie ont désormais 65 ans. Ils réalisent une donation-partage portant sur la nue-propriété des parts de leur SCI.

Valeur de la SCI : supposons que l'immeuble est valorisé à 1 000 000 euros (appréciation naturelle sur 15 ans). Après décote de 20 % sur les parts : 800 000 euros. Nue-propriété à 65 ans (60 %) : 480 000 euros. Soit 240 000 euros par enfant.

Chaque parent dispose à nouveau de 100 000 euros d'abattement par enfant, soit 400 000 euros d'abattements au total. La part taxable s'élève à 480 000 - 400 000 = 80 000 euros. Les droits sont calculés sur cette base réduite, soit environ 13 194 euros au total — pour un immeuble d'un million d'euros.

Si Pierre et Sophie ajoutent le don familial de somme d'argent (sous réserve d'avoir encore moins de 80 ans), ils peuvent transmettre 127 460 euros supplémentaires en espèces en franchise de droits.

Bilan sur 30 ans

Période Nature de la donation Montant transmis Droits payés
Cycle 1 (2026) Sommes d'argent (dons manuels + dons familiaux) 527 460 € 0 €
Cycle 2 (2041) Nue-propriété parts SCI + sommes d'argent ~1 107 460 € (valeur économique) ~13 194 €
Décès Reconstitution pleine propriété (usufruit SCI) ~400 000 – 500 000 € 0 €
Total transmis sur 30 ans ~2 000 000 € ~13 194 €

Sans stratégie de donation anticipée, le patrimoine de 2 000 000 euros transmis au décès aurait généré des droits de succession de l'ordre de 150 000 à 200 000 euros (après abattements de 100 000 euros par enfant). La stratégie de donation structurée ramène la charge fiscale à environ 13 000 euros — soit une économie de l'ordre de 140 000 à 190 000 euros. Le levier est considérable.

Les trois piliers de l'optimisation

L'ensemble de cette stratégie repose sur trois piliers qui se renforcent mutuellement : le renouvellement des abattements (commencer tôt pour multiplier les cycles de 15 ans), le démembrement (transmettre la nue-propriété pour réduire l'assiette) et l'interposition sociétaire (SCI ou holding) pour bénéficier d'une décote sur les parts. La combinaison de ces trois leviers permet de transmettre des patrimoines importants avec une charge fiscale minimale.

Conclusion

L'essentiel à retenir

Transmettre de son vivant est le levier le plus efficace dont dispose une famille pour réduire la charge fiscale de la transmission. Les abattements renouvelables, le démembrement, la donation-partage et la décote de parts de société sont des mécanismes légaux, éprouvés et accessibles — mais ils nécessitent de l'anticipation et un accompagnement professionnel. Le rôle d'un conseiller en gestion de patrimoine est d'orchestrer ces outils dans une stratégie cohérente, adaptée à votre situation familiale, à la nature de votre patrimoine et à vos objectifs. Si votre patrimoine dépasse 500 000 euros, ne pas avoir de stratégie de donation, c'est accepter de payer des droits qui auraient pu être évités.

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Questions fréquentes sur les donations et abattements

Quel est le montant de l'abattement pour une donation parent-enfant ?

Chaque parent peut donner jusqu'à 100 000 euros par enfant sans aucun droit de donation à payer. Cet abattement se renouvelle tous les 15 ans. Pour un couple avec deux enfants, cela représente 400 000 euros transmis en franchise totale de droits tous les 15 ans (100 000 euros par parent et par enfant). Au bout de 30 ans, ce sont donc 800 000 euros qui peuvent être transmis sans payer un euro de droits de donation.

Quelle est la différence entre une donation simple et une donation-partage ?

La donation simple transfère un bien à un bénéficiaire, mais sa valeur est réévaluée au jour du décès du donateur pour le calcul de la succession (rapport civil). Si le bien a pris de la valeur, les autres héritiers peuvent demander une compensation. La donation-partage fige la valeur des biens au jour de la donation. Cette valeur ne sera jamais réévaluée, ce qui sécurise la répartition entre héritiers et évite les conflits familiaux. Pour les patrimoines appelés à se valoriser, la donation-partage est presque toujours préférable.

Peut-on donner un bien tout en continuant à l'utiliser ou à en percevoir les revenus ?

Oui, grâce à la donation avec réserve d'usufruit. Le donateur transmet la nue-propriété du bien tout en conservant l'usufruit, c'est-à-dire le droit d'utiliser le bien ou d'en percevoir les revenus (loyers, dividendes). Au décès du donateur, l'usufruit s'éteint et le donataire récupère la pleine propriété sans aucun droit supplémentaire à payer. De plus, les droits de donation sont calculés uniquement sur la valeur de la nue-propriété, qui dépend de l'âge du donateur.

Qu'est-ce que le don familial de somme d'argent (don Sarkozy) ?

Le don familial de somme d'argent est un abattement supplémentaire de 31 865 euros qui s'ajoute aux abattements classiques. Il est réservé aux dons de sommes d'argent consentis à un enfant, petit-enfant ou arrière-petit-enfant majeur, par un donateur de moins de 80 ans. Cet abattement se renouvelle tous les 15 ans et se cumule avec l'abattement de droit commun de 100 000 euros en ligne directe.

Comment fonctionne la donation de parts de SCI avec décote ?

Donner des parts de SCI plutôt que l'immeuble directement permet d'appliquer une décote sur la valeur transmise, généralement comprise entre 10 % et 30 %. Combinée au démembrement des parts et aux abattements, cette technique permet de transmettre un patrimoine immobilier important avec des droits de donation très réduits. Par exemple, un immeuble d'un million d'euros détenu via une SCI peut être transmis avec zéro euro de droits dans certaines configurations.

Faut-il obligatoirement passer devant un notaire pour faire une donation ?

Pour les donations de biens immobiliers, de parts de société ou les donations-partages, le passage devant notaire est obligatoire. En revanche, les dons manuels et les dons familiaux de sommes d'argent peuvent être réalisés sans notaire, mais doivent être déclarés à l'administration fiscale via le formulaire 2735 dans le mois suivant le don. Même lorsque le notaire n'est pas obligatoire, il est vivement recommandé de se faire accompagner par un professionnel pour sécuriser l'opération.

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